Toutes les semaines, c’est la même rengaine. On dit qu’on va partir sur les atolls voisins, faire un peu de tourisme, changer d’horizon… Et puis, on va faire la bringue chez Rosa et Tahiri, Arnaud part avec Tukia à la pêche, avec Mimi nous reprenons le sport de façon intensive…bref, il y a toujours de quoi s’occuper. Alors là, c’est décidé. Nous partons à Makemo rejoindre les copains qui nous attendent depuis un an. Et oui, cela fait déjà un an que nous sommes aux Tuamotu.
Sitôt Charade amarré au quai, nous filons dire bonjour à Vito, qui nous avait déjà repéré au large de la passe. Toujours aussi souriant et chaleureux, il nous fait monter dans son bus de transport scolaire pour nous faire traverser le village et aller faire la surprise à Marie, sa femme. Nous retrouvons également Becko et Jacqueline, les enfants… tous le monde est là. C’est presque comme si nous nous étions quittés la veille.
Toute la bande de copains de Hugo et Ambre nous a également reconnu et le défilé le long du quai commence. Je crois que je ne vais pas beaucoup voir les enfants pendant notre séjour. Même Romain s’y met!
Dès le premier jour, Arnaud et Vito partent à la pêche. A la traine, au filet ou au fusil, ce sera comme ça tous les jours. Marie m’emmène sur le récif ramasser des coquillages. Un paquebot doit s’arrêter au village dans quelques jours et c’est un évènement car cela n’arrive que deux ou trois fois par an. La confection de colliers en nacres et en coquillages bat donc son plein et nous passons plusieurs jours à triller et nettoyer notre cueillette.
Mais alors que tout le monde est bien occupé, un autre fait assez rare survient : des nuées d’oiseaux annoncent l’arrivée des bans de ina’a. Branle bas de combat. Ces milliards d’alevins vont faire le bonheur de la population pendant plusieurs jours. Munis de moustiquaires et de glacières (les seaux étant trop petits!) nous nous précipitons sur le récif. Coté océan, l’eau bouillonne. Nous ne sommes pas les seuls prédateurs ; du petit komene au gros thon, tous les poissons du coin sont au rendez-vous pour participer à l’orgie ! Sur le récif, c’est la même chose ; dans de grands éclats de rire, adultes et enfants ramassent à la pelle les pauvres ina’a pris au piège. Hugo s’amuse à nous en mettre dans le T-shirt. Il y en a partout, ça chatouille, quelle rigolade !!!
Maintenant que nous avons fait le plein, nous allons pouvoir accompagner Arnaud, Vito et Becko et assister à leurs parties de chasse endiablées. C’est impressionnant de nager dans ces bancs d’alevins que les thons et les carangues traversent en trombe. Soudain, j’entends Marie et Jacqueline m’appeler vivement. Des raies mantas déboulent en formation bien serrée, la gueule grande ouverte en se gavant de ina’a. Elles passent à quelques mètres de nous et surprennent Arnaud tout absorbé par sa partie de chasse. Wahou. Moi qui rêvais de voir des mantas de près, me voilà servie ! Il n’y aura que la nuit pour nous arracher à ce spectacle.
Notre séjour touche à sa fin et nos amis nous invitent à un BBQ à la troisième.
- Ah oui. Et c’est où ça la troisième ?
- Ben là, au secteur !
- Hum Hum. Et plus précisément ?
- T’inquiète, on va passer vous chercher.
- Ok alors. Mais dis-moi, c’est quoi la troisième ?
- Ben, la troisième citerne. Y en a tous les kilomètres !
Il fallait y penser !
Le jour du départ arrive et les copains sont sur le quai. L’émotion est forte mais, la veille, nous nous sommes laissés convaincre de revenir, une dernière fois. En hissant la grand voile devant le village nous les apercevons, assis au pied du phare, sur la digue. Un dernier coucou. C’est l’endroit préféré de Vito. Il peut y rester des heures, à observer les thons sauter.















